L’incontournable changement

Réalisons-nous que les yeux sont rivés sur le continent africain. Le monde a tout l’air d’être fatigué d’assister à nos malheurs: famine, épidémies, guerres, corruption, pauvreté. L’Afrique est ainsi synonyme de merde !

Inondation
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C’est pourquoi, le continent noir vit un moment qui annonce un changement qui s’opérera dans la douleur, du moins pour ceux qui s’y opposent, au regard des déclarations émanant des dirigeants étrangers, Sarkozy à Dakar, Obama à Addis Abeba, Macron à Ouagadougou et tout dernièrement Donald Trump depuis la Maison blanche.

Obama, notamment, avec la sagesse et la diplomatie qu’on lui reconnaît, invitait dans son discours à l’Union Africaine, ses pairs chefs-d’États à ne pas s’éterniser au pouvoir pour laisser d’autres politiciens matérialiser leurs rêves au profit des populations. « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes », conseillait-il amicalement. Mais que lui avait-t-on répondu : « il n’y a pas de pays forts sans Hommes forts ». Le premier Président d’origine africaine de l’Amérique s’en est allé du pouvoir, laissant nos dirigeants persister dans leur logique, au moment même où, chaque jour, des jeunes du continent périssent en mer Méditerranée, s’ils ne sont pas rendus esclaves en Libye. Les exemples viennent du Burundi, des deux Congos, du Tchad…

Malheur à eux, ou plutôt malheur à nous, D. Trump arrive au pouvoir débarrassé de real politic. « Pays de merde », se serait-il permis de qualifier l’Afrique ! A ce que je sache, le Président américain, n’a jamais visité l’Afrique ; comment peut-il tant savoir de notre vie de merde ? Justement parce que les migrants déclarent chaque jour devant les caméras et aux micros des media du monde qu’« il n’y a pas de vie en Afrique ». Les avocats et les fonctionnaires chargés de l’immigration des pays du Nord savent le mal que nous, Africains, disons de nos pays dans nos demandes de résidence. Si Trump nous traite ainsi, nous lui avons fourni les éléments. Y a-t-il une différence entre dire qu’ : « il n’y a pas de vie en Afrique » et « pays de merde » ? Si mais la nuance est très mince.

Le vin est tiré..

Nous aurons beau condamner, nous indigner, rompre de relations diplomatiques avec l’Amérique, mais malheur à nous si nous ne parvenons pas à redonner la confiance aux fils d’Afrique pour qu’ils n’aient pas à braver la mort en mer en quête d’un mieux-être qu’ils ne trouvent point sur le continent. Les propos du Président américain, quoi qu’on en dise, ne peuvent être démentis que par le progrès que nous devons faire de toute urgence pour sortir de cette implacable merde qui nous colle à la peau. Trump aura provoqué malgré son racisme, un sursaut d’orgueil pour se mettre à notre propre service. On a coutume de dire dans mon village que si ton frère ne fait pas assez d’efforts pour se prendre en charger, il faut l’assister tout en lui signifiant que c’est la dernière fois. Alors, il fera ce dont il n’a jamais cru être capable. C’est presque ce que Trump voulait nous dire,  à mon avis. Antoine Adoum GOULGUE.

 

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Tchad: la liberté de ton dans les media publics n’est pas pour demain

L’ONRT n’est pas le seul établissement public géré par un Conseil d’Administration et doté de l’autonomie qui peine à se prendre en charge financièrement. La STEE et l’ONPT avaient souffert des mêmes problèmes. Qu’avait-t-on fait ? On a scindé ces établissements en sociétés indépendantes pour que chacune recherche sa compétitivité auprès du marché tout en conservant son autonomie managériale. Lire la suite

Dans ce monde gouverné par les technologies, aucune vérité n’est définitivement cachée!

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Mesdames et Messieurs de la Commission Electorale Indépendante (CENI),

Les Ceni qui ont précédé la vôtre avaient bien le caractère d’INDEPENDANCE sans empêcher que  les élections de 1996, 2001, 2006 et 2011 aient fait l’objet d’allégations de fraudes massives. Ce déficit de crédibilité est dû à un manque de transperce voulu par ces Ceni-là en vue du tripatouillage. A la clôture d’un scrutin, les membres des Ceni s’enferment, des semaines, sans publier des tendances ni des résultats partiels pour surprendre les électeurs une nuit par des résultats sortis de l’imagination.

Des élections non acceptées par tous ont eu pour conséquence le boycott par une majeure partie de la classe politique des joutes de 2001, 2006, et 2011. Le candidat-Président s’est représenté et s’est imposé sans coup férir ; la participation des Tchadiens à la vie politique a considérablement baissé entre 1996 et 2011.

En 2016, cependant et grâce aux deux derniers dialogues politiques, la démocratie tchadienne reprend du souffle. Les Tchadiens sont massivement sortis le 10 avril pour choisir leur futur Président. Vous avez, pour ainsi dire, la chance de faire partie d’une CENI exceptionnelle, disposant d’un contexte favorable pour écrire une nouvelle page de l’histoire du Tchad démocratique.

Les pressions que vous subissez en ce moment sont plus fortes que jamais. D’un côté, on exige de vous l’indépendance, de l’autre l’allégeance. Mais vous devez constamment vous persuader du rôle capital qui est le vôtre. Car six millions de votants attendent de savoir à quoi a servi leur vote; vous avez aussi pour témoins, ceux qui n’ont pas encore l’âge de voter. Parmi eux se trouvent vos propres enfants et petits-fils, ajoutées à cela la communauté internationale et l’incorruptible histoire de l’humanité.

Ceux qui vous ont précédés ont cautionné ce qui est considéré par beaucoup comme des mascarades électorales. Il est vrai, rien ne leur est arrivé. Mais détrompez-vous. Dans ce monde gouverné par les technologies, aucune vérité n’est définitivement cachée. Ce que vous faites taire aujourd’hui est forcément connu d’autres personnes que vous ignorez et pourrait être révélé au grand public. Alors que vous croyez l’opération définitivement  classée, la vérité pourrait éclater au grand jour. Alors commencera pour vous une période de tourments. Imaginez ce que votre partenaire, vos enfants, vos amis et proches ressentiront, peut-être dans 100 ans, lorsque vos nom paraitront dans tous les media comme les acteurs d’une fraude electorale !…

Les résultats des élections que vous avez l’honneur de recueillir et bientôt de publier seront pour vous une bénédiction ou une malédiction.
Optez pour la vérité et vous entrerez dans l’histoire de ce pays.
Dans un pays du monde sous-développé, la famille d’un ancien dictateur auto-proclamé Président à vie est en ce moment réduite au silence sans gloire, ni pouvoir après que le dictateur a été détrôné à vie et trainé comme tel devant la justice.

Allez-vous opter pour la vérité pour demeurer, toute votre existence, libres et fiers,
Allez-vous vous contentez de quelque strapontins pour être attendre, dans l’angoisse, le jour  où éclatera le scandale ?

Affaire Zouhoura: nous sommes tous des « Je-connais-mes-droits » !

CP. UNDR
CP. UNDR

Il y a un an, je menais un débat houleux sur Facebook avec un compatriote sur la laïcité, la liberté de culte, la protection et la promotion des droits humains… Alors que je m’évertuais à défendre ces points, mon contradicteur me disait : « Je sais, tu es un Je-connais-mes-droits », terme qui m’était alors inconnu. Pour lui et ceux qui emploient ce terme connoté péjoratif, les « Je-connais-mes-droits » sont des Tchadiens qui se comportent comme des occidentaux. Les Je-connais-mes-droits, dit-il, sont les gens de Moursal, quartier de la capitale tchadienne, symbole d’un mode de vie occidental. Comme le vocable le suggère, un Je-connais-mes-droits revendiquent ses droits à tout bout de champ au point de paraitre ridicule.
Cependant, à lumière du développement de l’actualité tchadienne de ces derniers jours, marqué par le viol de Zouhoura suivi de l’assassinat d’Abachou, je me rends compte que mon contradicteur n’avait pas raison. Ceux qui luttent pour le respect de leur dignité ne vivent pas qu’à Moursal.

Une tentative d’explication

Le cliché Je-connais-mes-droits, s’il suppose qu’il y a des Tchadiens qui s’en fichent de leurs droits, est un vestige de douloureux événements de février 1979. Pour dire clair, suite à ces événements, les Tchadiens originaires du Sud et du Nord sont restés divisés sur tous les sujets. L’avènement de la démocratie n’y a rien changé. Les Sudistes rejettent par principe ce que recherchent les nordistes et vis-versa. Les exemples sont là. La défense des droits de l’homme, la liberté de la presse, le syndicalisme sont devenus des terrains d’affrontement entre Nordistes et Sudistes. Il y a la société civile de Moursal comme il y a celle de la rue de 40 mètres, il y a les journaux de Moursal comme il y a ceux de Klebmat. Il y a les syndicats de Moursal et ceux de Goudji… Lorsqu’un camp entreprenait une action, aussi légitime soit-elle, l’autre faisait la moue ou entreprenait le contraire.
Tout se passait comme si les deux camps sont inconciliables ; ou plutôt n’ont pas de centres d’intérêt communs. Et pourtant les intérêts communs ne manquent pas. Les besoins de disposer suffisamment de nourrir, de consommer de l’eau potable, de se soigner, de vivre dans un environnement sain, d’éduquer ses enfants, d’aller et de venir sans crainte ne sont-ils pas les mêmes chez les nordistes que chez les sudistes !

Une œuvre de ceux qui ont peur de l’émergence d’une nation tchadienne

CP.R Madjitoloum
CP.R Madjitoloum

Cette division est l’œuvre des hommes politiques qui savent qu’un peuple uni est plus fort que n’importe quel régime. Les grandes nations sont toutes passées par là. Si les Français n’étaient pas unanimes dans leur quête de liberté, ils n’auraient jamais mis un terme à l’Empire. Si les Américains n’avaient pas compris qu’ils formaient un seul peuple tourné vers le progrès, ils n’auraient pas survécu à la guerre de sécession ni n’auraient aboli l’esclavage. Lorsque les citoyens d’un pays prennent conscience des intérêts communs. Ils ne se trompent pas de combat, ils ne se laissent pas distraire par des manipulations politiques stériles.

Détrompons-nous, Tchadiens. Nous sommes tous des humains. Chacun de nous aspire légitimement au bien-être, quelle que soit sa région d’origine, sa religion, son âge et son sexe.
Je suis sudiste mais je suis père d’une fille de 15 ans. Elle va au collège comme Zouhoura. J’ai un garçon de 13 ans. Il va au collège comme Abachou. Rien ne garantit qu’un jour, la fille ne se fasse violer comme Zouhoura, que le garçon ne se fasse tire une balle dans la jambe comme Abachou. C’est pourquoi, lorsque j’ai appris les tristes destins des deux jeunes gens, j’ai réagi avec mes tripes.

CP. R. Gedeon
CP. R. Gedeon

Nous avons unanimement condamnée cet acte barbare, y compris le Président Deby, y compris les parents des violeurs même s’ils ne l’ont pas publiquement exprimé. Chacun a exprimé à sa façon le ras-le-bol parce que nous voulons un Tchad respectueux de la dignité humaine, un centre d’intérêt commun à tous et à toutes.
Bravo à ceux qui ont mené la lutte sur les réseaux sociaux ;
bravo à ceux qui, comme Abachou ont bravé une police protectrice d’un régime.
Le peuple tchadien a gagné une bataille mais pas la guerre. Désormais nous sommes tous des « Je-connais-mes-droits ».
Antoine Adoum Goulgue

En guise de réponse à Kebir Mahamat Abdoulaye

Très peu de Tchadiens, Nordistes et Sudistes, défendent leurs points de vue sur la fédération par des arguments constructifs et sans passion. Kebir Mahamat Abdoulaye, un candidat à l’élection présidentielle d’avril 2016, l’a fait en réaction aux propos d’un autre postulant, Idris Deby Itno. Bravo!

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Trois raisons pour lesquelles il n’y aura pas d’alternance au Tchad en 2016

La plupart d’entre nous critique le pouvoir en place au Tchad et laisse l’opposition tranquille. Mais cela ne profite guère à cette dernière. Depuis un certain temps, on entend certains leaders de l’opposition tchadienne parler d’alternance démocratique. Je pense que l’opposition plaisante. Elle va s’agiter un tout petit peu et va se taire pour peu que Deby se montre agacé.

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1- Des élections dans un espace de liberté restreint

Depuis la mort de B. Sèlgue, tué par balle lors d’une manifestation et le bombardement à la grenade offensive des femmes devant l’ambassade de France, le droit de manifester est retiré aux Tchadiens. Néanmoins aucun opposant ni groupe d’opposants n’en a fait un préalable pour la Démocratie. Comment peut-on organiser des élections LIBRES lorsque les électeurs n’ont pas accès à toutes les formes d’expressions reconnues L’Article 27 de la CONSTITUTION tchadienne du 31 mars 1996 modifiée est claire : « les libertés d’opinion et d’expression, de communication, de conscience, de religion, de presse, d’association, de réunion, de circulation, de manifestations et de cortèges sont garanties à tous. Elles ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et des droits d’autrui et par l’impératif de sauvegarder l’ordre public et les bonnes mœurs. La loi détermine les conditions de leur exercice ».

Cette restriction de liberté fondamentale est en place depuis des années malgré que les autorités chantent que la stabilité règne au Tchad. Que justifie aujourd’hui cette interdiction de manifester ? Rien sinon une volonté d’en imposer aux autres par la violence d’Etat. L’exception devient ainsi la règle. Une opposition soucieuse du progrès ne peut accepter une telle violence de la part de celui censé de l’empêcher.
Accepter d’aller aux élections dans ces conditions est pour l’opposition l’aveu de sa complicité d’une violence d’état exercée par le régime.

2-L’absence d’opposants charismatiques

La seconde chose qui me fait douter c’est l’absence de vigueur, de charisme du côté des leaders de l’opposition. Le président Deby l’a dit lui-même. Le plus que probable candidat du MPS ne voit pas quel opposant peut l’inquiéter ? L’horizon est bien dégagé. L’opposition tchadienne n’a pas de dirigeant charismatique qui fasse à nouveau rêver les Tchadiens et il n’y en aura pas dans les deux mois qui précèdent les élections. Oui nous sommes à deux mois des élections mais c’est le calme plat, hormis quelques tournées effectuées par Saleh Kebzabo ou quelques conférences de presse animées par le député candidat. L’impréparation crève les yeux !

3-L’absence de moyens de contrôle des élections

Si l’on ajoute à cela le fait que l’opposition n’a pas le moyen de placer un délégué dans chaque bureau de vote pour valider le déroulement du scrutin et garantir la validité des procès-verbaux qui seront envoyée à la CENI. Lors des dernières élections législatives au Ouaddaï, un cadre du MPS confiait à un de ses amis. « Tu sais ça n’a pas été facile. C’est la liste UNDR/PDL qui a remporté mais nous avons fait le nécessaire ». Au finish, c’est la liste MPS qui l’a officiellement emporté.
J’attends d’être convaincu que l’alternance annoncée aura bien lieu.
Antoine Adoum Goulgué-A mon avis

Tchad : quand la mort jouit d’une impunité majoritaire !

Cimetiere gouvernementalEn France, lorsqu’un accident de la route a dernièrement causé  la mort de 43 personnes dans le département de la Gironde, tout le monde s’est vu interpellé. Car il y a trente ans, la France n’a pas connu un tel accident. Les autorités concernées ne se sont pas noyée dans l’émotion. Elles ont immédiatement diligenté une enquête pour identifier toutes les circonstances de l’accident en vue de déterminer le plus exactement possible la cause de ce raté. Une fois les causes connues, des décisions seront prises pour que cela ne se répété plus.

Mais au Tchad, 24 heures après l’accident qui a tué le ministre Gata Ngoulou, rien de tel, comme en témoigne le silence des sites internet de la Présidence et de la Primature. Les circonstances de l’accident, à savoir, le ministre était-il en mission, sa voiture roulait-elle à quelle allure, à quelle heure l’accident s’est-il produit, les victimes avaient-elles mis la ceinture de sécurité, la météo était-elle mauvaise, qui était le conducteur, dans quel état était-il, auraient été mises en lumière, une directive sur la sécurité des autorités gouvernementales aurait été prise. Hélas, il n’y aura pas enquête parce que dans notre pays, la mort bénéficie d’une telle impunité que nous nous résignons dans un fatalisme ancestral.

Au « Toumaïland », pour ce genre de drame, il n’est pas besoin d’enquêter puisque, très souvent, l’approche objective est écartée pour faire place à des considérations religieuses ou surréelles  pour expliquer ce que certains qualifieraient de « causes profondes » de l’accident. Le plus facile c’est d’accuser les loges mystiques. D’autres diront que l’accident est causé par une méchante action des collèges jaloux ou des proches mécontents… De gigantesques funérailles s’en suivront ; les causes réelles laissées de côté et prêtes à causer les même effets.

« Que fera une enquête. Ceux qui sont morts sont déjà morts », repond-on. Evidemment non. L’enquête n’a pour but de ramener à la vie les victimes du crash, mais elle aura permis de prendre des décisions pour que cela ne se répété pas. C’est ce qui caractérise un pays qui veut progresser, un pays qui trouve des solutions durables a ses problèmes.

Gata Ngoulou n’est pas le premier des ministres tchadiens à se faire tuer dans un accident de la route. L’ancien ministre des Finances et du budget, dont je tais ici le nom, a brutalement disparu suite à un autre accident sans qu’on n’en dise trop quoi. Et le Tchad peut revendiquer la première place des pays où les ministres se font tuer dans des accidents d’automobile.
La question angoissante est de savoir si l’état se montre impuissant devant la mort par accident de ses ministres, sera-t-il capable d’en préserver le citoyen que je suis ?

Les humains sont tous mortels, mais lorsqu’en France, seulement 9% meurent contre 14% au Tchad, il y a lieu de se demander si nous mourront tous de la même mort. Non, au Tchad, la mort est plus vigoureuse parce que nous ne la combattons pas assez. La preuve, lorsqu’un  des nôtres meurt, au lieu de se demander s’il était possible de le sauver, les formules les plus fatalistes sont sur nos lèvres : Allah Djala (c’est Dieu qui a voulu), comme si Dieu est si injuste au point de laisser mourir tant de Tchadiens et préserver tant de Français.
Individuellement et collectivement, revoyons notre rapport à la mort pour que ne meurent que ceux qui ne peuvent que mourir.
Antoine Adoum Goulgué, à mon avis.

Afrique, où est ta solidarité ?

Qu’est-ce qui se passe au Burkina ? Le RSP (régiment de sécurité présidentielle) refuse que le pays décide de son sort. A la veille de la publication d’un rapport officiel recommandant sa dissolution, un officier, notoirement très influent fait un coup d’Etat et dissout toutes les institutions mises en place de façon consensuelle en vue de piloter la transition.
Le peuple burkinabè est sous le choc. L’Afrique et la communauté internationale s’indignent, les condamnations fusent de partout.

Une Manifestation contenue par l'armée

Ces évènements du Faso doivent interpeller les forces vives africaines.
Le RSP est l’archétype de toutes les gardes présidentielles que l’Afrique a connues. Les caractéristiques sont presque les mêmes. Une garde présidentielle est mieux équipée, mieux entrainée et mieux entretenue que le reste des unités de l’armée.

La seconde caractéristique commune aux gardes présidentielles est qu’elles ne sont pas sous le commandement de l’armée mais dépendent directement du Président de la République.
Aux directions des ressources humaines des armées, peu de gestionnaires maîtrisent les effectifs de ce corps.

Elles sont, sinon les principales, du moins les seules bénéficiaires des multiples coopérations militaires. Leurs chefs collaborent étroitement et quotidiennement avec des conseillers militaires étrangers pour les renseignements ou pour surveiller les opposants. Au Tchad, tous les présidents ont fait appel à des services étrangers pour entrainer les éléments de la garde prétorienne. La Compagnie tchadienne de sécurité (CTS) sous NGarta Tombalbaye avait pour parrains des conseillers militaires français puis zaïrois, coachés eux-mêmes par des instructeurs israéliens. Sous Habré, en pleine guerre froide, ce sont les services Français et américains qui se chargeaient de l’encadrement des chefs de la DDS (direction de la documentation et de la sécurité) aujourd’hui jugée.

Enfin, les gardes présidentielles s’opposent aux changements démocratiques ou, les récupèrent en s’improvisant libérateurs du peuple. Elles volent au peuple sa victoire pour lui imposer par la suite un des leurs ou un pseudo démocrate sur qui elles auront tout le contrôle.

Tel que décrit, les frères burkinabés luttent contre un mal très repandu en Afrique. Leur combat est celui de tout ceux qui aspirent au changement véritable. Tous les pays qui subissent la domination des gardes prétoriennes devraient sans hésitation manifester leur solidarité aux Burkinabés par des actions de désapprobation populaire.

Mais que remarque-t-on dans les capitales africaines. Le silence !
Hier, le peuple burundais a lutté tout seul jusqu’à l’essoufflement. Aucune action n’a été organisée en solidarité. Aujourd’hui c’est le tour du Burkina. Demain à qui le tour, devrait-on s’interroger ?

Ce silence des Africains face aux défis existentiels me pousse à m’interroger si le peuple d’Afrique est que simple mythe? Les Africains ont-ils vraiment des valeurs et des intérêts communs, sont-ils solidaires dans la protection de leurs droits imprescriptibles et inaliénables, notamment les droits économiques, sociaux et culturels ?

Pourtant nous sommes prompts à sortir manifester, tout bruler pour défendre Jesus ou son ami Mohamet ; pourtant nous avons un instrument juridique, la charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui nous autorise à désouver une imposture telle qu’orchestrée par le RSP.

Pourtant nous avons des gouvernements, des organisations et des peuples qui se tiennent prêts à nous soutenir. La charte africaine dit en son article 20 : « Tout peuple a droit à l’existence. Tout peuple a un droit imprescriptible et inaliénable à l’autodétermination.
ll détermine librement son statut politique et assure son développement économique et social selon la voie qu’il a librement choisie ».
A l’article 23, elle dit: « Les peuples ont droit à la paix et à la sécurité tant sur le plan national que sur le plan international. Le principe de solidarité et de relations amicales affirmé implicitement par la Charte de l’Organisation des Nations Unies et réaffirmé par celle de l’Organisation de l’Unité Africaine est applicable aux rapports entre les Etats ».

Aucun gouvernement africain signataire de cette charte ne s’opposerait à une manifestation en solidarité aux peuples frères en lutte.
Rien, ni personne ne peut prolonger aussi longtemps nos souffrances que notre silence complice.

Antoine Adoum Goulgué, à mon avis.